Majorités en copropriété : décision illégale ?

Par Christophe Dielis, Avocat au Barreau de Bruxelles au sein du cabinet CONSILITS

Majorités en copropriété : quand une décision d’assemblée générale est-elle illégale ?

Bulletins de vote et procès-verbal d'assemblée générale de copropriété

⚖️ En bref

  • Cadre légal : les articles 3.84 à 3.100 du Code civil régissent les décisions en copropriété forcée
  • Majorité simple : gestion courante (comptes, budget, syndic, entretien ordinaire)
  • Majorités qualifiées : deux tiers ou trois quarts pour les travaux importants et actes de disposition
  • Unanimité : décisions touchant à la destination de l’immeuble, à l’usage privatif ou aux quotes-parts
  • Sanction : une décision adoptée à la mauvaise majorité est juridiquement illégale et annulable par le tribunal
  • Délai : l’action en annulation doit respecter les délais stricts du Code civil

Par Maître Christophe Dielis, avocat au Barreau de Bruxelles

En copropriété, l’assemblée générale est l’organe souverain de décision.

Mais toute décision votée n’est pas nécessairement valable, et de nombreuses résolutions sont adoptées sur la base de majorités erronées, de qualifications approximatives ou d’une mauvaise compréhension du Code civil.

Il n’est pas rare que des décisions apparemment régulières soient ensuite annulées par les tribunaux, parfois après leur exécution, avec des conséquences financières lourdes pour la copropriété et pour les copropriétaires.

L’assemblée générale : un pouvoir strictement encadré par la loi

Depuis la réforme du droit des biens, la copropriété forcée est régie par les articles 3.84 à 3.100 du Code civil.

L’assemblée générale y est consacrée comme l’organe décisionnel central, mais son pouvoir n’est en rien discrétionnaire.

Le législateur a organisé un système précis de compétences et de majorités afin d’éviter que la volonté du plus grand nombre ne porte atteinte aux droits individuels des copropriétaires.

Chaque type de décision est soumis à une majorité déterminée, et le non-respect de cette majorité entraîne l’illégalité de la décision, indépendamment du résultat du vote.

Une résolution adoptée à la mauvaise majorité est juridiquement fragile, même si elle a recueilli un large consensus.

Les différentes majorités en copropriété : un régime légal hiérarchisé

En copropriété forcée, les décisions de l’assemblée générale ne sont pas soumises à une majorité unique. Le Code civil organise au contraire un système hiérarchisé de majorités, destiné à assurer un équilibre entre l’efficacité de la gestion collective et la protection des droits individuels des copropriétaires.

La majorité simple constitue le régime de droit commun. Elle permet à l’assemblée générale de prendre les décisions relevant de la gestion courante de l’immeuble, telles que l’approbation des comptes et du budget, la désignation ou la révocation du syndic, ou encore l’exécution de travaux d’entretien ordinaires. Cette majorité repose sur plus de la moitié des voix des copropriétaires présents ou représentés. Elle ne peut toutefois être utilisée que pour des décisions qui n’affectent ni la structure de l’immeuble, ni les droits substantiels des copropriétaires.

Dès lors qu’une décision dépasse la simple gestion quotidienne, le législateur exige une majorité qualifiée. Tel est le cas, notamment, des travaux importants affectant les parties communes, des actes de disposition ou des décisions ayant une incidence financière durable pour la copropriété. Ces décisions requièrent une majorité renforcée, généralement fixée à deux tiers ou trois quarts des voix, selon la nature exacte de la mesure envisagée. La jurisprudence rappelle de manière constante que cette majorité ne dépend pas de l’intitulé donné à la décision, mais bien de ses effets juridiques et matériels concrets.

Certaines décisions touchent enfin au cœur même du droit de propriété des copropriétaires. Il s’agit notamment de celles qui modifient la destination de l’immeuble, portent atteinte à l’usage privatif des lots ou entraînent une modification substantielle des quotes-parts. Dans ces hypothèses, le Code civil exige l’unanimité des copropriétaires. Cette exigence se justifie par la gravité des conséquences de telles décisions, qui ne peuvent être imposées à un copropriétaire contre sa volonté.

La jurisprudence sanctionne sévèrement toute confusion entre ces régimes. Une décision adoptée à la majorité simple alors qu’une majorité qualifiée ou l’unanimité était requise est irrémédiablement entachée d’illégalité, même si elle a recueilli un large consensus en assemblée générale.

En copropriété, ce n’est jamais la volonté majoritaire qui fonde la légalité d’une décision, mais le respect strict de la majorité imposée par la loi.

L’erreur classique : la mauvaise qualification de la décision

En pratique, de nombreuses décisions sont votées à la majorité simple alors qu’elles auraient dû l’être à une majorité renforcée.

C’est fréquemment le cas pour des travaux qualifiés à tort de simples travaux d’entretien, pour des modifications affectant l’aspect ou l’usage des parties communes, ou encore pour des décisions ayant un impact structurel ou financier durable.

Les tribunaux rappellent régulièrement que la qualification juridique prime sur la présentation faite en assemblée générale. Une décision mal qualifiée est une décision juridiquement vulnérable.

Le rôle et la responsabilité du syndic

Le syndic joue un rôle central dans la préparation et la tenue de l’assemblée générale.

Il lui appartient de qualifier correctement les points inscrits à l’ordre du jour, d’indiquer la majorité requise et de veiller à la régularité du vote.

Lorsque le syndic se trompe dans la majorité applicable, la décision reste annulable.

Dans certains cas, cette erreur peut également engager la responsabilité civile du syndic, notamment lorsque l’irrégularité était manifeste et prévisible.

Le syndic est un professionnel soumis à un devoir de diligence renforcé, et non un simple exécutant des volontés de l’assemblée.

Contestation et annulation des décisions illégales

Une décision d’assemblée générale adoptée à une majorité illégale peut être annulée par le tribunal à la demande de tout copropriétaire justifiant d’un intérêt.

Cette action doit être introduite dans les délais stricts prévus par le Code civil, à défaut de quoi la décision devient définitive, même si elle était juridiquement discutable.

Les tribunaux examinent en priorité la majorité légalement requise et la majorité effectivement appliquée.

Il n’est pas nécessaire de démontrer un préjudice personnel : l’irrégularité de la majorité suffit à entraîner l’annulation.

Les conséquences concrètes d’une annulation

L’annulation d’une décision d’assemblée générale n’est jamais neutre.

Elle peut entraîner l’arrêt ou la remise en cause de travaux, la restitution de sommes indûment appelées, des conflits internes durables, voire une mise en cause de la responsabilité du syndic.

Dans certaines situations, l’annulation d’une décision fragilise l’ensemble de la gestion de la copropriété, en particulier lorsque plusieurs résolutions reposaient sur la décision annulée.

Conclusion : En copropriété, la majorité n’est jamais un détail

Le régime des majorités en copropriété est un mécanisme de protection, non une contrainte formelle.

Une décision adoptée à la mauvaise majorité est juridiquement illégale, quelle que soit l’adhésion qu’elle a pu susciter lors de l’assemblée générale.

Pour les copropriétaires comme pour les syndics, la rigueur juridique en amont reste la meilleure prévention contre des contentieux longs et coûteux.

En copropriété, ce n’est pas le nombre de voix qui compte, mais la majorité correcte.

Besoin d’un avocat en droit de la copropriété à Bruxelles ?

Le cabinet Consilitis vous accompagne. Prenez rendez-vous pour une consultation.

Prendre rendez-vous


Questions fréquentes

Une décision votée à l’unanimité en assemblée générale peut-elle être illégale ?

Oui, si elle porte sur un objet que l’assemblée générale n’était pas compétente à décider. L’unanimité ne confère pas de compétence supplémentaire à l’assemblée générale.

Le syndic est-il responsable en cas d’erreur de majorité en copropriété ?

La décision reste annulable. La responsabilité civile du syndic peut être engagée en cas de faute, notamment lorsque l’irrégularité était manifeste et prévisible. Le syndic est un professionnel soumis à un devoir de diligence renforcé.

Faut-il prouver un préjudice pour faire annuler une décision d’assemblée générale ?

Non. L’irrégularité de la majorité suffit à entraîner l’annulation de la décision. Il n’est pas nécessaire de démontrer un préjudice personnel.

Que se passe-t-il si le délai de contestation d’une décision est dépassé ?

La décision devient définitive, même si elle était juridiquement erronée. L’action en annulation doit être introduite dans les délais stricts prévus par le Code civil.

Quelles sont les différentes majorités en copropriété en Belgique ?

Le Code civil organise un système hiérarchisé : la majorité simple pour la gestion courante (comptes, budget, syndic, entretien), les majorités qualifiées (deux tiers ou trois quarts) pour les travaux importants et actes de disposition, et l’unanimité pour les décisions touchant au droit de propriété des copropriétaires (destination de l’immeuble, usage privatif, quotes-parts).

Quelles sont les conséquences concrètes de l’annulation d’une décision d’assemblée générale ?

L’annulation peut entraîner l’arrêt ou la remise en cause de travaux, la restitution de sommes indûment appelées, des conflits internes durables, voire une mise en cause de la responsabilité du syndic. Plusieurs résolutions liées peuvent également être fragilisées.

Qui peut contester une décision d’assemblée générale en copropriété ?

Tout copropriétaire justifiant d’un intérêt peut introduire une action en annulation devant le tribunal. Cette action doit être introduite dans les délais stricts prévus par le Code civil. Un avocat en droit de la copropriété peut vous conseiller sur la recevabilité de votre action.

Related Posts